Drame du Heysel
Drame du Heysel | |||||||||||
Généralités | |||||||||||
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Type | Hooliganisme | ||||||||||
Pays | ![]() | ||||||||||
Localisation | Stade du Heysel | ||||||||||
Coordonnées | 50° 53′ 45″ N 4° 20′ 03″ E / 50.89571, 4.33408150° 53′ 45″ Nord 4° 20′ 03″ Est / 50.89571, 4.334081 | ||||||||||
Date | |||||||||||
Victimes | |||||||||||
Blessés | 454 blessés | ||||||||||
Morts | 39 morts | ||||||||||
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Le drame du Heysel, survenu le à Bruxelles en Belgique, est l'une des tragédies les plus marquantes liées à une manifestation sportive, et due au hooliganisme.
Il eut lieu à l'occasion de la finale de Coupe d'Europe des clubs champions 1984-1985 entre le Liverpool Football Club et la Juventus Football Club. Des grilles de séparation et un muret s'effondrèrent sous la pression et le poids de supporters, faisant 39 morts et plus de 454 blessés.
L'atmosphère d'avant match
Deux équipes au sommet
La finale oppose les deux équipes de football les plus en forme en Europe.
En mai 1985, Liverpool FC est la première équipe de football en Europe, vainqueur de 4 des 8 dernières versions de la coupe des clubs champions européens[1]. De nouveau, ils atteignent la finale et cherchent à défendre le titre acquis l'année précédente contre l'AS Roma. Une fois de plus, ils tombent face à une équipe italienne.
De son côté, la Juventus a atteint la finale de la coupe d'Europe des vainqueurs de coupe de football en 1983. Elle comprend dans ses rangs la majeure partie des Italiens détenteurs de la coupe du monde 1982. Elle possède aussi en Michel Platini l'un des meilleurs joueurs d'Europe, alors double Ballon d'or 1983 et 1984 (il le sera une troisième fois consécutivement en 1985) et champion d'Europe des nations avec la France en 1984.
Plus tôt dans l'année, en janvier, Liverpool a perdu le match aller de la supercoupe d'Europe à Turin, s'inclinant 2-0 contre la Juventus. Faute de place dans l'emploi du temps de Liverpool, le match retour est prévu après la finale du Heysel[2].
1984 : Liverpool contre AS Roma
L'année précédente, coïncidence, la finale entre Liverpool FC et l'AS Roma avait eu lieu au Stadio Olimpico de Rome, Liverpool remportant le titre après la séance de tirs au but.
Après le match, des bandes de supporters de la Roma avaient assailli ceux de Liverpool, les obligeant à rebrousser chemin jusqu'à leurs hôtels. Beaucoup de fans avaient été attaqués, battus et blessés. La presse romaine scandalisée titra que ce n'était pas seulement une réaction à la suite de la défaite, mais que les fans de la Roma avaient apporté des armes dans leurs voitures avant le match, en vue de les utiliser après le coup de sifflet final.
Radio City, la station de radio locale de Liverpool, avait aussi fait directement l'expérience de cette violence. Alors que beaucoup de supporters de Liverpool se faisaient attaquer par les gangs de fans de la Roma aux abords du stade, les conducteurs de bus, craignant d'être attaqués, avaient refusé de faire monter les fans de Liverpool dans leurs bus. Beaucoup de fans qui se virent refuser l'accès aux bus, trouvèrent alors refuge à l'ambassade britannique. Néanmoins, un conducteur se porta volontaire pour prendre des supporters anglais dans son bus à travers la ville, déposant les gens dans leurs hôtels respectifs. La police montée se posta à l'avant et à l'arrière du bus pour le protéger. L'équipe de Radio City présente dans le bus interviewa les fans qui avaient été blessés et battus. Cette poussée de violence n'eut pas d'écho en Angleterre, au contraire de l'Italie. Le seul journal anglais à relayer l'information fut le quotidien de Liverpool The Liverpool Echo, titrant The Ecstasy and the Agony.
À l'époque, des hypothèses prévoyaient qu'après les événements de Rome en 1984, les hooligans anglais mettraient de côté leurs rivalités lors de la finale de 1985 et chercheraient à prendre leur revanche. Des rumeurs existaient selon lesquelles beaucoup des groupuscules les plus célèbres d'Angleterre seraient là-bas : les MIGS de Luton, les Bushwackers de Millwall, les ICF de West Ham et les Gremlins de Newcastle.
Le 29 mai 1985

La tragédie
Ce mercredi soir, plus de 60 000 personnes doivent assister à la finale dans l'enceinte du stade du Heysel. Les conditions de sécurité et de confort sont mauvaises, et en raison de nombreuses failles dans le système de contrôle, plusieurs milliers de fans sans billets ont transformé l'enceinte en boîte de sardine.
La tribune des fans des Reds est séparée du fameux bloc Z par un no man's land d'une quinzaine de mètres. Vers 19 h 10, plus d'une heure avant le début programmé de la rencontre, la tension entre supporters des deux clubs monte d'un cran, se traduisant d'abord par des insultes et des jets d'objets divers. Des fans de Liverpool chargent en direction des gradins du bloc Z, qui devaient être occupés par des Belges neutres mais où se trouvent de nombreux tifosi italiens. Quelques gendarmes postés dans un couloir de séparation entre les deux groupes sont rapidement débordés. L'essentiel des forces de l'ordre belges se trouve alors à l'extérieur du stade, mais les incidents furent insignifiants en ville.
Vers 19 h 20, une centaine d'Anglais envahit la tribune des Italiens. C'est une prise de tribune, typique de la culture hooligan. Sous la poussée, les Italo-Belges qui n'ont pas l'habitude de ces pratiques réservées jusque-là aux îles britanniques reculent et se replient vers l'autre extrémité de la tribune, causant une bousculade. En bas des gradins, des portes donnant accès à la pelouse sont fermées. Les forces de police présentes sur la pelouse repoussent même des spectateurs qui tentent de fuir par la pelouse. Le piège est en place. Les grilles de séparation et un muret s'effondrent. Des dizaines de personnes sont piétinées et le bilan est lourd : 39 morts au total dont 32 Italiens, 4 Belges, 2 Français et un Irlandais.
Les tifosi de la Juve, Fighters en tête, qui suivent les événements depuis la tribune opposée, tentent alors d'envahir le terrain afin d'aller en découdre avec les fans anglais. Ces hooligans avaient apposé une bâche géante le long des grillages « Reds = Animals ». La police belge intervient et évite de peu l'affrontement direct. Un fan italien exhibe même un pistolet et le pointe en direction des policiers belges. Les télévisions de l'Europe entière diffusent ces images en direct. La Télévision Suisse Romande avait une équipe de tournage au cœur du drame[3].
Vers 21 h 30, les capitaines des deux formations lancent un appel au calme. Quelques minutes plus tard, les deux équipes entrent sur le terrain. Selon l'UEFA, un report du match aurait risqué de raviver la violence. La Juventus l'emportera sur le score d'un but à zéro, marqué par Michel Platini sur penalty accordé pour une faute commise de Gary Gillespie sur Zbigniew Boniek près d'un mètre au-dehors de la surface de réparation.
À la fin du match, les joueurs de la Juventus font un tour d'honneur que ne comprennent pas les tifosi. En fait, ils agissent à la demande de la police belge qui utilise ce laps de temps pour évacuer rapidement les supporteurs anglais. La coupe sera remise au club italien en privé, dans un couloir du vestiaire.
Le match en détail
20:15 UTC+2 |
Juventus ![]() |
1 – 0 (0 - 0) |
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Stade du Heysel, Bruxelles, Belgique ![]() Spectateurs : 59 000 Arbitrage : André Daina ![]() |
Platini |
Rapport |
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Juventus
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![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Liverpool
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Conséquences
Suite au visionnage des cassettes de caméra et à des dénonciations, 26 supporters britanniques sont inculpés de « coups et blessures volontaires avec préméditation », trois belges (deux des officiers de gendarmerie responsables du maintien de l'ordre, le major Michel Kensier et le capitaine Johan Mahieu, ainsi qu'Albert Roossens, l'ex-secrétaire-général de l'URBSFA) sont inculpés pour homicide involontaire comme auteurs et coauteurs. Le « procès du Heysel » s'ouvre le 17 octobre 1988 au tribunal correctionnel de Bruxelles. Un an plus tard, le 28 avril 1989, le verdict du tribunal tombe : 14 supporters britanniques sont condamnés à trois ans de prison dont 18 mois avec sursis et 60 000 francs belges d'amende. Onze autres supporters sont acquittés, le plus souvent au bénéfice du doute. Roossens est condamné à six mois de prison avec sursis et à 30 000 francs d'amende, Mahieu à neuf mois de prison avec sursis et à 30 000 francs d'amende et Kensier est acquitté. Le maire de Bruxelles et la direction de l'UEFA ne sont pas inquiétés. La cellule de gestion de la crise en place au Ministère de l'Intérieur était alors gardée par Philippe Pignolet. Le procès en appel en 1990 confirme les sanctions, aggrave les peines des hooligans et condamne le secrétaire général de l'UEFA Hans Bangerter (en) à trois mois de prison avec sursis et 30 000 francs belges d'amende. En octobre 1991, les pourvois en cassation des parties civiles sont rejetés. Le montant des indemnisations avoisinant les 250 millions est réparti entre l'État (42,5 %), l'URBSFA (42,5 %) et l'UEFA (15 %)[4].
La justice belge a condamné lourdement les autorités responsables pour avoir autorisé la tenue d'un match dans une enceinte vétuste. L'UEFA a mis dans la foulée en place toute une batterie de normes strictes avec obligation des places assises et a interdit pendant 3 ans tous les clubs anglais de participation en coupes d'Europe (la durée sera finalement prolongée à 5 ans après de nouveaux incidents impliquant des supporters anglais lors de l'Euro 88 en Allemagne). Liverpool a été interdit de coupe d'Europe pendant 10 ans, peine finalement réduite à 6 ans. Il faudra toutefois attendre la tragédie de Hillsborough en 1989 pour voir la mise en place en Angleterre d'une politique cohérente relative à la sécurité et au confort des spectateurs. En France, c'est le drame de Furiani en 1992 qui a conduit l'UEFA à préciser des obligations sur la configuration optimale des tribunes de stade, notamment pour ceux destinés à réception des rencontres professionnelles : « Pour des matchs de niveau professionnel, les sites doivent être entièrement équipés de sièges (alors que des zones de places debout sont autorisées aux niveaux junior et amateur). Les sièges de fortune ou provisoires ne sont pas admis »[5].
Depuis le stade du Heysel a été rénové et rebaptisé stade Roi Baudouin. Michel Platini a toujours refusé d'y revenir.
Les victimes
Au total 39 personnes perdirent la vie (34 Italiens supporters de la Juventus, 2 Belges, 2 Français et un Britannique). Voici les noms publiés par le journal italien "Guerin Sportivo" le . Entre parenthèses, l'âge des victimes :
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Une source d'inspiration
L'écrivain français Laurent Mauvignier a basé son roman polyphonique, Dans la Foule (Les Éditions de Minuit, 2006), sur le drame de Heysel.
La chanson Miss Maggie de Renaud a été composée à la suite de ce drame.
Annexes
Bibliographie
- Jean-Philippe Leclaire, Le Heysel, une tragédie européenne, Calmann-Lévy, (ISBN 9782702134917)
- Laurent Mauvignier, Dans la foule, Les Éditions de Minuit,
- Marc Lerchs, Sauve qui Peut, chroniques acides d'un secouriste ambulancier, 2014
Articles connexes
- Liste des catastrophes survenues pendant un match de football
- hooligan
Liens externes
Épisode Les fous du football de la série Temps présent, d'une durée de 15 minutes. Réalisation de Pierre Demont. Diffusé pour la première fois le 6 juin 1985 sur la chaîne Télévision suisse romande. Autres crédits : Claude Schauli (journaliste). Visionner l'épisode en ligne
Notes et références
- ↑ Liverpool avait gagné en 1977, 1978, 1981 et 1984
- ↑ À la suite de ce drame, le match retour de la supercoupe d'Europe n'a jamais été joué.
- ↑ Voir Épisode Les fous du football de la série Temps présent, d'une durée de 15 minutes. Réalisation de Pierre Demont. Diffusé pour la première fois le 6 juin 1985 sur la chaîne Télévision suisse romande. Autres crédits : Claude Schauli (journaliste). Visionner l'épisode en ligne
- ↑ Serge Govaert, Foot et violence, De Boeck Supérieur, 1995 (lire en ligne), p. 97-100
- ↑ [PDF] « Guide de l'UEFA pour des stades de qualité », sur http://fr.uefa.com, Union des associations européennes de football
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